Le 27 octobre 2006
- Les média préparent depuis quelques semaines leurs gros titres des jours à venir, dit Jémabo. Ils ont orchestré l’anniversaire du début des troubles survenus dans les banlieues en fin octobre 2005.
- C’est un fait, dis-je. Nous allons être submergé d’articles, chroniques et reportages dans les zones sensibles. Chacun va chercher le bon angle.
- C’est donc une bonne chose, dit Jémabo. Le débat citoyen va pouvoir se développer.
- J’aimerais qu’il en soit ainsi, Jémabo. Mais j’ai peur que la recherche de l’image choc et du sensationnalisme prenne le dessus. Les médias sont des commerçants. Ils sont toujours en quête du scoop qui les valorisera, qui fera monter l’audience et le prix des encarts publicitaires. Il faut rester vigilant sur ce point. Les médias ne sont pas un service public ; ils défendent avant tout leurs intérêts.
- Il est cependant bon de médiatiser la vie dans les banlieues, dit Jémabo.
- Pas plus que celle des campagnes ou des villes moyennes, dis-je. Il ne doit pas y avoir d’exclusivisme en la matière. Il fait bon vivre à peu près partout, comme il y a des poches de difficultés et de misère dans toutes les zones de France. Il faut éviter la stigmatisation qui assimilerait la banlieue à une zone de mal-vivre et de non droit.
- Il est vrai qu’il y a de nombreuses communes de banlieues de grandes villes où l’on vit très correctement. Il ne faudrait pas que les difficultés rencontrées dans certains quartiers deviennent la norme aux yeux de nos concitoyens.
- Les médias vont cependant enquêter sur ce qui s’est fait au profit de ces cités depuis un an, dit Jémabo.
- C’est aussi un point délicat qu’il faut aborder. Les difficultés dans ces cités sont d’origine multiples et complexes. Elles sont le résultat d’abandons des pouvoirs publics (enseignement, police, justice et transports) de longue date. On ne refait pas un quartier en un an. Dans ce délai, on peut lancer des programmes immobiliers de rénovation urbaine, mais non les finir (30 milliards d’€ sont prévus pour 230 projets dans 400 quartiers jusqu’en 2013). On ne rattrape pas l’échec scolaire en un an (il faut motiver les enseignants dont la responsabilité est grande). On ne donne pas du travail à tous les chômeurs en un an. Que va-t-on conclure ? Que le gouvernement ne fait rien ? Que les administrations ne bougent pas ? Je préférerais que l’on fasse un bilan d’étape. Il faut que les gens réapprennent qu’il faut du temps pour former une cité. La culture de l’immédiat doit être abandonnée.
- Certes, mais que dire aux jeunes qui attendent ?
- Il faut les encourager à apprendre, à entreprendre. Cessons de les bercer d’illusions. La vie n’est pas un clip TV ni la télé-réalité. Les travailleurs sociaux (animateurs de quartier) doivent les occuper en vue de les mettre sur la voie du travail scolaire et professionnel et non comme aujourd’hui en leur procurant des loisirs pour gagner leur confiance et avoir la paix. Les solutions de facilité doivent être remises en cause. Les jeunes ne sont pas stupides. Ils peuvent comprendre si, toutefois, on prend le temps de leur expliquer. Si des adultes (enseignants et animateurs sociaux) leur montrent qu’ils leur font confiance et qu’il y a de l’espoir.
Cela dit, je m’interroge sur les actions de certains jeunes, minoritaires, dans ces quartiers sensibles. Que veulent-ils ? Quel est leur projet ? Les médias nous présentent des profils différents, mais comment peut-on en arriver à contester par la violence le service public de la sécurité et des transports ?
- Il y a là un problème d’encadrement de ces jeunes, dit Jémabo. L’encadrement social est peut-être insuffisant.
- Ne donnez pas dans l’angélisme Jémabo. On ne peut pas tout excuser au motif qu’il s’agirait de mineurs. On peut admettre, à la rigueur, les menues dégradations du matériel urbain par des jeunes désœuvrés et manquant d’encadrement ; on doit réprimer les violences organisées. Quand des individus (leur jeunesse n’a rien à voir) attaquent en bande organisée des bus ou les forces de police, c’est une réponse répressive qui doit être donnée. Les habitants de ces cités, ceux qui dans la très grande majorité subissent ces jeunes délinquants, n’attendent pas autre chose.
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