Jeudi 5 octobre 2006
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Le 05 octobre 2006
Cf. article N°1 dans cette catégorie "Art-littérature"
Pierre Pelot nous fait découvrir la vie quotidienne de quidams parmi les plus déshérités, à qui la société n’accorde habituellement aucune importance. Ils sont là, en marge de la vie des autres citoyens, quelque part dans chacune de nos bourgades de province. C’est plus facile en province car ces gens y ont un mode de vie bien à eux lié à leur condition sociale (cf. les WC dans la cour, l’habitat délabré), moins formaté que celui des citadins.
Ils subsistent grâce aux allocations, à de petits boulots et à des expédients. Personne ne prête réellement attention à eux. Il suffit qu’ils soient silencieux pour que tout le monde considère que tout va bien. Ce sont des gens auxquels les médias ne s’intéressent habituellement pas, qui vivent leur toute petite vie en province Localement, ce sont des personnages malgré tout. Ils ont leur histoire ; une toute petite histoire, qui nous montre d’emblé qu’il y a des individus qui traversent leur temps très modestement, en marge du mælström de l’activité économique et sociale.
C’est émouvant de voir comment Nanase se débat dans la vie pour émerger de ce milieu dans lequel il baigne depuis sa naissance. Anastase Brémont, tel est son vrai nom, n’est pas vraiment considéré comme un membre à part entière dans son village. Tout le monde l’appelle par son surnom ; signe d’une dévalorisation de sa personnalité. On s’étonne de voir cet homme s’interroger sur le sens de sa vie, sur ses relations avec sa mère et sa tante ou sa cousine.
P Pelot nous raconte l’histoire d’un homme marqué. Nanase a les motifs les plus valables pour ne pas être très équilibré. Son passé pèse lourdement sur sa condition. Mais Nanase est normal. Il veut être comme les autres ; il revendique un statut social identique à celui de tous. Nanase passe son temps à tenter de valoriser sa personne. Si les membres de sa famille sont fragiles psychologiquement, lui est sain et veut être respecté. On aurait presque envie de l’aider à sortir de ce milieu.
Et puis, tout bascule. Dans l’horreur froide et raisonnée. Pelot nous emmène tranquillement sur le chemin de la monstruosité banale. Sans excuser Nanase, P Pelot le laisse devenir meurtrier, comme par nécessité. On hésite à condamner d’entrée de jeu cet homme : Que ferions nous à sa place ? il a des motifs « légitimes » pour agir comme il le fait. Nanase argumente. Alors, effrayé par cette pensée, on prend du recul ; ce n’est pas possible…Mais, il n’y a rien à faire, Nanase est le produit de son passé, il est condamné à agir selon des raisonnements qui ne peuvent être admis que par lui-même. Que pouvait-il faire d’autre ? Est ce de sa faute si l’enfant s’est aventuré prêt de chez son ami à l’esprit dérangé ? Pouvait-il abandonner ce copain ? Nanase semble n’avoir jamais vraiment été là où il fallait et il s’en est fait une raison. Sa devise peut se résumer en « saisir les occasions qui passent et rester libre à tout prix ». Alors, Nanase est alcoolique, a peut-être tenté de vendre sa cousine à un souteneur, est voleur de fil de fer, et devient assassin pour couvrir la folie d’un ami (autre cas social, dont l’humanité est totalement absente puisque même son surnom, unanimement utilisé, est celui d’une bête monstrueuse) qui pourrait compromettre sa liberté.
Au-delà des hommes, Pierre Pelot nous donne une peinture sociale comme Zola le faisait à la fin du 19ème siècle. Les pouvoirs locaux sont mis en évidence. Pelot n’a pas d‘affection particulière pour les notables, élus ou pouvoir institutionnel tel que l’Eglise et le corps médical. Il met également en évidence la puissance des médias dans le choix et la diffusion de l’information, et l’émotion collective qui peut être orchestrée autour d’un fait divers. Il fait un tableau critique de ces journalistes saisis par le seul souci du sensationnalisme et qui, par paresse ou lâcheté, font leur métier de façon toute alimentaire ; la mise en exergue des sous-jacents sociaux au fait divers n’est pas publiable…La sanction sera terriblement administrée par José. Mais cela ne se voit que dans les livres.
N’y aurait-il pas, finalement, un peu de « l’affaire grégory » dans ce livre de P Pelot…Le lieu, les gens, l’enfant, l’ambiance générale…
Enfin, et à titre tout à fait anecdotique, un détail me chagrine. Qui peut m’apporter un éclairage sur la description de la météo faite en toute première page du livre ? « Le courant d’air chaud…sud-est / nord- ouest, suivant une ligne Bordeaux-Reims-strasbourg » Comment cela peut-il être compatible ?
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