Cf. également article n°1 dans cette catégorie "art-littérature".
Prix Nobel de littérature en 1988 pour l’ensemble de son œuvre, Naguib Mahfouz a écrit « la belle du Caire » en 1945. Ce livre raconte un peu l’histoire de Faust qui, selon la légende, se donna au démon pour accéder aux richesses de la vie terrestre moyennant le prix de son âme.
Jeune universitaire, le héros (Mahgoub) trouve difficilement un chemin pour se faire une place à sa hauteur dans une société que l’on sent tiraillée entre la modernité (perçue comme passant par le bouleversement de la société par l’adoption du socialisme), la religion (l’islam comme recours contre la déliquescence sociale) et le conservatisme (maintien des avantages acquis par les classes dirigeantes en place). 60 ans plus tard, on imagine facilement que les jeunes égyptiens restent pris entre ces trois courants. Mahgoub, fait le choix du « baste » : il rejette toute théorie sociale au profit de l’individualisme stricte. Sa condition l’y incite : il est intelligent, n’a rien et en souffre dans son cœur et dans son corps, et a des prétentions démesurées. Le sort placera sur sa route Ihsane, jeune et belle égyptienne qu’il épousera, pour rendre service à son protecteur et réussir ainsi son ascension sociale.
Mahgoub est détestable. Naguib Mahfouz ne fait rien pour lui donner de l’humanité. A chaque phase nouvelle du roman, où un éveil des sentiments pourrait survenir, Maghoub s’efforce de tuer dans l’œuf tout regret. Les remords et la compassions sont pour les faibles. Il sait ce qu’il fait, et il traite les autres avec le mépris de celui qui, parti de rien, n’a de merci à rendre à personne et n’a pas à justifier des méthodes qu’il utilise pour réussir. La société de la bourgeoisie égyptienne à laquelle il a accédé lui apparaît corrompue et il estime qu’il lui appartient de tirer le maximum de sa situation, y compris au prix de l’amitié de ses camarades d’université et de l’abandon de sa famille dans le dénuement.
Au coté de Mahgoub, Ihsane mène une vie de courtisane. Elle a accepté son sort, fait d’un confort échangé contre sa conscience. Leur histoire sera faite d’un amour convenu et d’intérêts partagés.
La fin du roman remet chacun des protagonistes à sa place. Avec, peut-être, l’espoir que Maghoub tire un enseignement de la portée des idées qu’il prône et dont la mise en œuvre ne lui a finalement pas été profitable.
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