Samedi 9 juin 2007

« Le vrai point d’honneur n’est pas d’être toujours dans le vrai. Il est d’oser, de proposer des idées neuves, et ensuite de les vérifier. Il est aussi, bien sûr, de savoir reconnaître publiquement ses erreurs (…) L’honneur du scientifique est absolument à l’opposé de l’honneur de Don Diègue. Quand on a commis une erreur, il faut accepter de perdre la face. »

Pierre-Gilles de Gennes, Prix Nobel de physique en 1991 pour ses travaux sur les cristaux liquides. (24 oct 1932 – 18 mai 2007)

 

 

Par BB - Publié dans : Réflexions ludiques
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Commentaires

L’honneur de l’Homme est de reconnaître ses erreurs ! Des erreurs se commettent tous les jours, à tous les instants, par chacun d’entre nous, dés le lever jusqu’au coucher du soleil. Elles sont la force motrice de l’Homme peut-être même avec une longueur d’avance sur le confort que proportionne le sucés. Le sucés, c’est bien souvent un poison lent qui fait mourir toutes les meilleures intentions et volonté dans la tiédeur d’une certitude qui par principe est momentanée et circonstancielle. Le verbe se tromper devrait être enseigné à tous les élèves dés le plus bas âge scolaire, comme les auxiliaires de forme à les orienter au plus tôt. Cela éviterait que des hommes et des femmes grandissent dans le leurre d’exactitude en sens unique, et qu’ils transmettent cette tendance à leur descendance. Comment est-il possible qu’un adulte, qui ne reconnaît pas ses erreurs, inculque à ses enfants la notion d’erreur positive, l’erreur qui permet après sa détection et sa résolution de continuer son chemin en meilleures conditions, plus fort, plus Homme. Le vrai étant seulement une issue possible, une  réponse parmi tant d’autres que bien souvent il est accidentel, fortuit, lié au hasard, à une bonne nuit de sommeil…ou d’autres raisons occultes. La confession a, de ce point de vue, son utilité puisqu’elle permet de forme cachée et anonyme l’aveu feutré des erreurs commises. Le sucés, lui, ne se résout pas au fond d’un confessionnal ! Il est mondain, dit, redit jusqu’à être connu de tous. C’est l’enivrement du sucés, la lumière qu’il dégage, qui rend horrible toute possibilité de choir, et plus encore que cela se sache. Le cuisinier qui au fond de sa cuisine a planché sur une nouvelle recette, une nouvelle sauce, ne dira pas combien de temps il a du utiliser pour arriver à sa perfection, ni le nombre d’échecs par manque de quelques pincées de ceci ou de cela. Le politique mettra t-il en avant ses échecs ou ses erreurs ? Non ! De forme bien humaine il ne parlera que du petit quelque chose qui a superbement bien fonctionné. Perdre la face, n’est pas enseigné aux enfants, alors comment peut-on espérer qu’ils deviennent des adultes avec cette vertu.

 



Mais combien sont ceux qui peuvent porter à la boutonnière cet insigne? Ils doivent être bien peu, en raison des points soulevés dans le premier paragraphe. Par contre beaucoup de personnes paraissent vouloir ce qui ne leur est pas du, du bas jusqu’en haut de l’échelle sociale. Oui, il serait indécent de confondre statut social et capacité Humaine. On peut avoir l’un, et pas l’autre. Et le doigt sur la boutonnière ne peut tromper son monde.  Serait-ce une faille de l’Homme ou un travers propre à une culture spécifique ?

 



Quelle qualité faut-il pour accepter, et non oser, de faire le premier pas ? Il faudrait que chaque homme ait le courage de demander de haute voix, ce qu’il demande tout penaud au fond du confessionnal ou, au départ de la nuit, récitant ses prières dans l’obscurité d’une chambre et, tout bas pour que sa conjointe n’entende point ses faiblesses. Il faudrait que l´homme pour être Homme sache demander pardon et accorder son pardon. Il perdrait la face de temps en temps et gagnerait en humanité et en humanisme.

 



Sur quelle pente sommes-nous ?
Commentaire n°1 posté par Richard Bordone le 19/06/2007 à 23h12

Pierre-Gilles de Gennes énonce ici un des grands principes qui permettent à un scientifique de durer dans sa profession. S’entêter dans une direction vide de tout sens conduit à l’impasse ; seule la capacité à déceler et surtout à reconnaître une erreur conduit à réorienter les travaux et donc à un résultat.

Ce principe est transposable dans le domaine des sciences sociales où, toutefois, la vérité est une notion bien plus complexe à appréhender. C’est aussi pour cela qu’il est difficile de déceler une erreur et de l’admettre : dans les relations humaines, 1+1 ne font que rarement 2…

Il appartient donc à chacun de faire un examen critique de ses actions, le plus objectivement possible, en son for intérieur. Cette responsabilité ne se partage pas. Et que celui que je critiquerais dans cette démarche me jette la première pierre !

Réponse de BB le 20/06/2007 à 22h44
L'erreur est à la base de la construction et de l'évolution cognitive de l'homme et même de l'animal. Le nourrisson progresse par essai, par exemple en associant les formes, en empilant des cubes, et en observant les résultats de ses expérimentations. Il agit aussi par imitation tout comme le bonobo qui,  par la répétition des gestes éffectués par sa mère, parviendra à casser un fruit ou à utiliser une brindille de bois pour attrapper et manger des fourmis. Mais l'intelligence provient de l'étape suivante, qui est d'analyser les situations pour en tirer des principes nouveaux permettant une amélioration. Cette didactique est utilisée dans les classes maternelles, pour se résumer à l'approche et aux expériences scientifiques dans les classes supérieures. Le droit à l'erreur a un plus grand champ d'action dans la vie journalière; si le milieu familial, dans un cadre sécurisant car il ne s'agit pas de  mettre l'enfant en danger, lui permet de tester ses capacités d'adaptation, d'organisation, d'apprentissage. Par tatonnements et sans crainte, l'enfant pourra alors devenir adulte.
Commentaire n°2 posté par blandine le 20/06/2007 à 21h39

« Qui ne fait rien ne se trompe jamais » dit le proverbe. L’erreur est donc un des attributs de l’action, et certainement un de ses moteurs, du fait des expériences et des enseignements que l’on en retire. Ce qui est valable et mis en œuvre dans le système éducatif a cependant tendance à être oublié par les adultes… Or, l’infaillibilité n’est pas du domaine de l’humain. Gardons donc une âme d’enfant et acceptons de nous tromper et, en tout premier lieu, décidons d’être pleinement acteur de notre vie.

Réponse de BB le 20/06/2007 à 22h55


La critique objective me semble être une démarche individuelle. Dans un cadre professionnel, il serait plus adapté d’établir une évaluation de la pratique en fonction de l’objectif poursuivi et du résultat atteint.


Dans le domaine de la santé, de par l’augmentation des dépenses liées aux soins et des demandes des usagers, la politique de gestion des soins se tourne vers l’évaluation des pratiques professionnelles, encadrées par la Haute Autorité de Santé.


De même, tout citoyen a le libre choix de son praticien et de son lieu d’hospitalisation, qu’il choisira selon des critères personnels. Mais il peut, pour cela, prendre en compte le classement annuel des hôpitaux en fonction des infections nosocomiales ; ce qui relève aussi de l’évaluation.


 De plus, tous les soignants et les cadres de santé exerçant une fonction d’encadrement d’équipe vivent journalièrement cette exigence de la performance, pour garantir une prise en charge personnalisée et de qualité. A cette fin, un travail, de coordination interdisciplinaire et de mise en réseaux des activités, est mis en œuvre. Le cadre de santé est, alors, un agent de liaison facilitant la communication et le suivi de l’information. Cette activité est rendue primordiale par la réduction du temps d’hospitalisation, par l’évolution des technologies qui engendre une augmentation du nombre des examens et des déplacements des malades dans différents services durant leur  séjour et par la modification de la structure hospitalière devenue plus curative. En outre, les suites d’hospitalisation se poursuivent de plus en plus fréquemment à domicile ou en services de soins de suite et de rééducation ou en service d’hébergement pour les personnes âgées. A ce niveau, l’évaluation pourra  s’exercer par le questionnaire de satisfaction des usagers, mais aussi par des critères plus pragmatiques comme le taux  de réhospitalisation secondaire liés à un suivi déficient. L’évaluation, l’analyse facilitent donc l’évolution et les réajustements. Ces méthodes sont des facteurs de qualité mais aussi de gain économique.



Commentaire n°3 posté par blandine le 21/06/2007 à 20h55

Le propos de Pierre-Gilles de Gennes me parait compatible avec les deux formes de recherche de la vérité que sont la critique objective et l’évaluation telles que tu les présentes. Ces deux procédés conduisent à mesurer l’efficience d’une action et donc à mettre en lumière ce qui marche et ce qui a raté. Je ne suis d’ailleurs pas certain qu’il y ait une véritable différence entre ces deux formes ; la notion d’évaluation étant peut-être le terme politiquement correct pour qualifier l’examen critique d’un acte ou d’une démarche… En tout état de cause, leur mise en œuvre est vaine si le sujet contrôlé n’entre pas dans la logique de reconnaissance des erreurs qu’il pourra avoir commises. 

Réponse de BB le 21/06/2007 à 23h03

Je resterai dans le domaine de la santé. L’évaluation, des pratiques professionnelles, est un procédé d’amélioration de la qualité. Elle peut s’effectuer individuellement par une auto-analyse en fonction d’objectifs personnels. En outre, elle peut faire l’objet d’une étude, des pratiques d’une équipe soignante, réalisée par un intervenant extérieur. La conclusion de cette enquête apporte, alors, une vision précise de l’activité, des incohérences, des erreurs et des mesures à prendre pour la rendre plus performante et sécuritaire. Par conséquent, tous les secteurs sont concernés, par exemple la maîtrise de la technique, l’information des usagers, la planification des soins, la gestion des ressources humaines. De plus, les résultats aident à définir un programme de formation continue pour réactualiser, adapter les connaissances. Mais il est certain que l’adhésion des professionnels est primordiale. Dans cet objectif, des groupes de réflexion  apportent un objectif consensuel. Ils favorisent, aussi,  la mobilisation de tous les soignants autour d’un projet de soins spécifique aux besoins des usagers accueillis. Ce procédé est vecteur de dynamisme et apporte une reconnaissance et une valorisation professionnelles individuelle et d’équipe.

Commentaire n°4 posté par blandine le 22/06/2007 à 20h35

Toute cette démarche n’est réellement acceptée que si aucune sanction ou pénalisation n’est mise à la charge de celui dont l’évaluation conduit à constater des insuffisances. C’est donc pleinement compatible avec le fonctionnement d’une administration ou un service public de santé. Par contre dans le secteur privé, celui du commerce notamment, l’évaluation sert principalement de moyen pour mesure la performance du personnel…et chacun sait combien on peut perdre ou gagner à ce jeu… où la bonne évaluation est corrélée à la notion de bons résultats financiers et donc de bénéfices pour les actionnaires. Je ne suis pas certain que tous les salariés sautent autant de joie ni que les équipes acceptent cela de bon cœur. Finalement, un outil n’est ni bon ni mauvais ; c’est l’état d’esprit dans lequel il est employé qui en fait un instrument du bien ou du mal.

Réponse de BB le 22/06/2007 à 22h05

Il est certain que le mode d’évaluation a une influence dans l’appréciation de celle-ci par les professionnels. Une évaluation de type pédagogique, sans enjeux de carrière, engendre moins de stress. Actuellement, à l’hôpital la démarche est formatrice et vise à améliorer la qualité.  Cependant, les enjeux économiques existent. Avec le déficit de l’assurance maladie, l’aspect financier de la pratique médicale et paramédicale est primordial. Cela se traduit dans le plan hôpital 2007 par une réforme de la tarification, une mutualisation des activités et une organisation des établissement hospitaliers en pôles médicaux d’activités. Dans ce contexte, chaque acteur de soins est concerné. Il peut agir entre autres, par une parfaite maîtrise de la technique, par une organisation performante du parcours de soins à travers la programmation des examens, par le développement des relations interservices. Les enjeux ne sont donc pas individuels mais sociaux. En outre, la certification des établissements et l’accréditation des professionnels médicaux permettent une mobilisation et une réflexion commune. Imposées et suivies par la Haute Autorité de Santé, elle offre le bénéfice d’instituer une dynamique qui pourra perdurer sous la forme d’une culture de l’évaluation.

Commentaire n°5 posté par blandine le 23/06/2007 à 21h43

N’y a-t-il vraiment aucune relation entre ces évaluations dont tu fais état et la rémunération du personnel hospitalier ? Aucune prime ou avancement ne sont liés aux évaluations ? N’est-ce pas dommage pour les meilleurs et pour les équipes les plus performantes ?  Ne doit-on alors compter que sur le sens civique et moral du personnel  et le plaisir du service bien fait et reconnu comme tel? 

Réponse de BB le 24/06/2007 à 20h27
Certes, il existe un évaluation annuelle du personnel paramédical effectuée par la cadre de santé lors d'un entretien individuel. Cette évaluation permet de faire le bilan de l'activité et de l'implication de l'agent dans son travail. De plus, elle définit en accord avec le profesionnel des objectifs  pour les mois à venir. Elle offre la possibilité aux soignants d'exprimer les points positifs et les difficultés rencontrées, d'argumenter pour un changement de service ou une réorientation professionnelle.
Cette évaluation est matérialisée par une note et une appréciation, contre signées par le médecin chef de service.Elles sont adressées à chaque agent  afin d'être  validées. En cas de désaccord, l'agent peut demander le réexamen de sa note en faisant appel  à la commissin administrative paritaire. Le résultat de cette évaluation est suivie par la direction des ressources humaines et intégre le dossier de travail de l'agent. Il est certain que la notation entre en jeu dans l'évolution de la carrière et dans la valeur de la prime annuelle. Cependant, le système de notation est bien circonscrit. La majoration annuelle est en moyenne de 0,25 point. L'ancienneté a, donc ,une incidence plus importante sur la note que le possible dynamisme d'une jeune diplômée. Je pense donc que la reconnaissance apportée par le cadre de santé tout au long de l'année aux différents soignants quelquesoit leurs grades, ainsi que la mise en place et le suivi de projets de service sur l 'amélioration des conditions de travail et de la pratique de soins ont un impact plus important sur le dynamisme individuel et collectif des professionnels que l'aspect financier.
Commentaire n°6 posté par blandine le 25/06/2007 à 15h23

Il faudra bien, si l’on veut que la notion de performance du service public ne soit pas un vain mot, que le système administratif français (et l’hôpital en fait encore très largement partie) sorte de ce mécanisme de médiocratie qui réserve assez largement les meilleures places aux plus vieux et non aux plus compétents. Le mur de Berlin est tombé…Quand nos administrations prendront-elles conscience que seul un mécanisme de valorisation individualisée des carrières, dés l’entrée dans le service, est de nature à conserver intacte la motivation des jeunes ? Ceci n’est pas incompatible avec la notion de travail collectif ou d’équipe, qui peut être apprécié globalement et pris en compte de façon individuelle pour la notation, l’avancement ou la rémunération.

Réponse de BB le 25/06/2007 à 22h38

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