Samedi 26 août 2006
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Le 26 août 2006
- Je trouve qu’il vaut mieux être un peu enveloppé que trop maigre, dit Jémabo. La sous-nutrition est un mal qui devrait être définitivement banni de notre vue. Comment supporter que des individus manquent de nourriture quand on voit la profusion de victuailles présentées dans tous nos magasins, quand on examine un peu nos poubelles qui débordent de déchets alimentaires. Tenez, hier je suis encore allé me promener au parc public. Et, comme à chacune de mes visites, j’ai vu des parents accompagnant leurs enfants avec un sac de morceaux de pain. Ce n’était pas pour leur goûter, mais pour nourrir les canards et les cygnes qui vivent sur le plan d’eau.
- Aujourd’hui, les gens ne veulent plus manger que du pain frais, dis-je. Cela fait la joie des boulangers et des palmipèdes des jardins publics. Sur un plan plus général, il y aurait effectivement moyen de fournir en nourriture suffisante toute l’humanité si chacun faisait un effort pour ne consommer que ce dont il a besoin et se souciait de l’adoption de dispositifs pour aider les pays où règne encore la famine.
- Qu’attend-on alors ? me dit Jémabo sur un ton outré. Nous croisons tous des êtres au physique révélant les séquelles de malnutrition. La honte devrait nous faire évoluer dans nos comportements. Pour ma part, je suis très gêné face à cela.
- Je crois que tout le monde est comme vous Jémabo. Tous sont gênés et c’est probablement leur mauvaise conscience qui les pousse à verser leur obole aux associations caritatives telles que les Resto du cœur. Mais trop peu me semblent vouloir aller au-delà. Les enjeux sont trop importants et les moyens à mettre en œuvre sont colossaux. Vous voyez donc qu’avec ces mots, je donne un alibi à tous ceux qui voudraient bien mais mollement, à condition que cela ne perturbe pas trop leurs habitudes, que leur train de vie n’en souffre pas. Ceux là continueront de gaspiller pendant que l’on meurt encore de faim ici, comme dans de nombreux pays du Sud (nouvelle appellation des pays sous-développés, cela est politiquement mieux puisque l’on ne donne plus le sentiment qu’ils devraient adopter notre beau modèle économique et social).
- La faim tuerait encore en France ? dit Jémabo avec un air étonné. Vous y allez peut-être un peu fort.
- Je crois que l’on peut affirmer qu’il y a des décès liés à la malnutrition de populations défavorisées. Je ne limite pas le problème à la famine tzele qu’on la connaissait jusqu’au 19ème siècle. Celle-ci n’est qu’un des aspects de la question. Il est probablement exact que la famine ne tue plus en France. Mais le manque de nourriture de qualité et en variété est certainement à l’origine de maux qui concernent toujours les personnes aux revenus les plus faibles.
- Mais on ne meurt pas de mal manger dit Jémabo. Tout au plus est-on un peu maigre. Avec un peu de cynisme, je dirais même que la taille très fine, voir l’allure anorexique est très à la mode chez nos jeunes filles. Regardez la télévision et la presse féminine. Les lignes allongées sont de mises.
- Vous exagérez un peu Jémabo. Vous provoquez, mais vous n’êtes pas aveugle. Vous ne pouvez pas nier avoir croisé toutes ces personnes, parfois encore jeune, au corps informe et fatigué du fait d’une alimentation carencée en vitamines et en oligo-éléments. Il y a effectivement des mines amaigries de ce fait. Il y a aussi tous ces gens qui deviennent de plus en plus gros. Non par excès de bonne santé ; mais du fait d’une alimentation composée quasi-exclusivement de soda et de hamburger-frites. Il est même apparu que l’obésité serait reconnue comme un phénomène ayant des conséquences sur la génétique. Les obèses vont maintenant générer des enfants qui auront une propension à l’obésité, avant même qu’ils aient commencé leur parcours sur cette terre. Ces gens oublient les fruits et légumes frais et la viande de bonne qualité. Vous avez certainement remarqué que plus vous vous déplacez vers les quartiers populaires, plus ces gens sont nombreux. Est-ce là l’effet du hasard Jémabo ? J’ai pour idée que nous verrions évoluer favorablement la situation si ces personnes disposaient d’un peu plus de moyens financiers et recevaient une meilleure éducation (que ce soit à l’école mais également par le canal de campagnes nationales d’information).
- Je vous accorde bien volontiers cela, me rétorque Jémabo Vous ne m’avez cependant toujours pas expliqué en quoi cela tuait les gens !
- La réponse me parait assez évidente. Prenez simplement conscience de l’impact de ces situations sur l’espérance de vie de ces populations. Mal manger occasionne des fragilités qui ouvrent la porte à la maladie, aux difficultés cardiaques et veineuses. Tout comme le tabac, mal manger conduit à une mort prématurée. Je crois pouvoir ainsi soutenir que nous laissons se développer un système alimentaire qui tue une partie de nos concitoyens.
- Mais alors, que dire du cas de ces millions d’êtres, le chiffre de 800 millions est avancé, qui meurent effectivement de faim. Si l’on ne sait pas remédier à la situation en France, comment peut-on faire vis-à-vis notamment de ces pays, notamment africains, où la faim tue devant nos caméras.
- Il appartient d’abord à chaque citoyen de prendre pleinement conscience que la terre est de plus peuplée et, que ses ressources notamment en eau potable ne sont pas extensibles à l’infini. Des choix doivent être fait et notre système démocratique permet à chacun de s’exprimer. En tout état de cause, les mouvements migratoires sont désormais facilités par l’existence de tous ces moyens de transports qui mettent les peuples les plus démunis à quelques heures d’avion de Paris. Si notre état d’homme ne nous motive pas suffisamment pour agir pour un développement plus harmonieux sur cette terre pour tous les hommes, il faut que nous ayons conscience que cette misère des pays du Sud est à notre porte et qu’elle exercera inévitablement une pression forte dans les années à venir pour venir partager le contenu de nos assiettes.
- Ce ne serait pas, de toute façon, une bonne solution, dit Jémabo. Ni pour eux, ni pour nous.
- C’est vrai. C’est pourquoi il est grand temps de réfléchir et d’agir.
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