Art - littérature

Dimanche 3 septembre 2006

3 septembre 2006

 En la matière, il n'y a que du parti pris. Ci-dessous, dans les articles que je soumets à votre appréciation, vous trouverez donc d'abord le mien.

 Vous pouvez aimer et vous serez conquis. Vous pouvez détester et vouloir le dire. Dans tous les cas, votre opinion sera la bienvenue et vos propositions m'intéressent. Mutualisons nos expériences et répandons nos idées... 

 Ces articles sur le monde littéraire, entendu au sens large, seront donc régulièrement actualisés du résultat de mes rencontres et augmentés de vos commentaires éclairés. Naturellement, je vous donnerai mon point de vue sur vos réactions.

 A vos ouvrages donc, à vos plumes ensuite et au plaisir de partager avidement le fruit de nos réflexions.

 

 

 

 

Par BB
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Dimanche 3 septembre 2006

Cf. article N° 1 de cette catégorie d'articles.

Avec Boris Vian, le jeu avec les mots et les images est permanent, pour faire du beau, pour dénoncer le laid aussi. Commencez avec "En avant la zizique" et prolongez avec "l'écume des jours". Un brin de subversion et d'insolence; une touche de délicatesse extrême. Un bonheur à lire et à relire.

 Certes le premier a un peu vieilli dans sa partie documentation, mais il sonne encore tellement juste dans sa critique qu'il reste un de mes favoris. quand au second, je trouve que tout y est étonnamment tellement beau et réaliste, y compris la maladie de Chloé, que je l'ai déjà lu au moins 4 ou 5 fois.

 Si plus d'affinité souhaité, voyez du coté de Vernon SULLIVAN, pseudo de B Vian. Allez « cracher sur leurs tombes » et constatez que « les noirs ont tous la même peau ». C'est méchant comme le monde sait l'être avec les faibles. Ca n'a pas pris une ride malgré tous les beaux discours que l'on a pu entendre sur le racisme et plus généralement en faveur des opprimés et laissés pour compte. 

Par BB
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Dimanche 3 septembre 2006

Cf. article N° 1 de cette catégorie d'articles

Découverte des romans de Sylvie Germain par pur hasard, avec "Jours de colère". C'est une sorte de conte, pour les adultes toutefois. Beauté des images et des gens a priori simples. Beaucoup de sentiments puissants, qui s'expriment tout au long de l'oeuvre. Observation du poids du déterminisme et de la fatalité sur les Hommes. La nature gronde et l'individu est tout petit face à la colère des éléments. Lutte inégale certes; lutte malgré tout.

 Puis lire "Immensités" et prendre complètement la dimension des dégâts que tout système totalitaire peut faire sur les Hommes. A lire également pour mesurer la capacité de résistance de ces Hommes face à l'oppression. C'est un livre témoignage, un livre d'histoire; c'est aussi un livre d'espoir. Le monde est peuplé de Prokop Poupa et de ses amis, groupuscules isolés mais déterminés à mourir pour que renaisse une société plus humaine et libre. Lecture à rapprocher de celle du livre de Viktor Pelevine sous le titre de "La flèche jaune" (cf. mon article N° 8 dans cette catégorie d'article "Art-littérature"). 

 

 

Par BB
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Dimanche 3 septembre 2006

CF. article N° 1 de cette catégorie d'articles

Prenez goût à l’écriture de Michel Tournier avec son Robinson revisité. Petite merveille d'analyse des sentiments de Robinson et de Vendredi.

 Continuez avec le "médianoche amoureux" si vous avez peu de temps à lui consacrer. Quelques petites histoires toujours étonnantes.

 Mais si vous accrochez, laissez vous aller avec "le roi des aulnes". Roman complexe et génant par endroits. Il y est mis encore une fois le doigt sur la difficulté pour l'homme de faire des choix raisonnés et raisonnables. De belles pages également sur la relation entre l'homme et la nature qu'elle soit végétale ( les forets et les marais) ou animale (les pigeons, l'élan et les cerfs, le cheval et les chiens).

 

Par BB
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Dimanche 3 septembre 2006

Cf. article N° 1 de cette catégorie d'articles

Jane Austen est une des rares figures anglaises lue en France dans la catégorie des romans de société du début du 19ème siècle. Il y a bien sûr  "Orgueil et préjugés". Lisez aussi  "Catherine Morland". La société anglaise a bien évolué depuis. Cette bourgeoisie terrienne et rentière a pratiquement disparu. C'est donc un peu désuet dans son contenu. Mais l'approche que l'individu peut faire de son environnement et la manière qu'il a de s'y positionner n'ont pas changé. Cet auteur est un peintre des comportements sociaux.

 Les profils retenus par Jane Austen peuvent être aisément transposés dans notre société d’aujourd’hui. Tout d’abord, là où tout le monde pense à situer l’action ; dans ce que l’on appelle la jet-set des « beaux quartiers » de Paris (NAP, Le Touquet, Versailles…) et dans la bourgeoisie de nos provinces françaises (les traditions ont la vie dure et les mentalités n’évoluent pas aussi vite qu’on pourrait le croire ou que l’on voudrait nous le faire croire). Mais aussi dans les classes moyennes, parmi les petits milieux créés par les diverses professions intellectuelles ( les journalistes, le monde enseignant, les réseaux des grandes écoles…).

 Il y a beaucoup à apprendre et à méditer en lisant ces livres. 

Par BB
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Dimanche 3 septembre 2006

Cf. article N° 1 dans cette catégorie d'articles.

Son père artistique, GREG, est un quasi inconnu du grand public au regard de l’énorme notoriété d'Achille ( faites le test autour de vous! ).

 Passons sur le portrait de famille (ses parents sont comme les vôtres et les miens, ou presque) et le portrait de l'intéressé (Achille est comme nous tous, bourré de défauts physiques). Son environnement est similaire à celui qui est le nôtre; qui n'a pas son Lefuneste dans son voisinage!).

 Ce qui séduit chez Achille Talon, c'est sa vivacité, sa capacité à s'indigner et, de façon toujours très positive et optimiste, à trouver des solutions qui prennent comme postulat que l'homme (même Lefuneste) est fait de bon sens et ne recherche que le bien pour lui même et son voisin.

 Achille Talon est un professeur d'art de vivre. Suivez ses principes et vous serez protégé durablement contre l'ulcère (bon d'accord, ne poussez pas trop sur la bière; je sais qu'Achille semble un peu porté sur la mousse). Achille se promène, sifflote, s'emporte, joue beaucoup.

 Achille Talon est aussi un professeur d'économie sociale pertinent. Lisez son aventure sur l'archipel de Sanzunron. Dans cet album vous prendrez de façon trés ludique une leçon d'économie (le B A BA sur les échanges de marchandises, la monnaie, l'exploitation de l'homme et de la machine, la spécialisation comme règle de l'efficacité économique...) et une leçon sur l'organisation sociale ( besoin de règles pour garantir la libre circulation et action de chacun ).

 Enfin, Achille Talon a hérité de son père une grande aptitude à jongler avec les idées et les mots. Quel plaisir, y compris quand le jeu de mots est d'apparence facile, de voir Achille se moquer de son voisin Lefuneste ou commenter l'actualité. Voici un individu dont le cerveau n'est pas au point mort; toujours une idée en marche dans ce corps a priori banal.

 Achille est une sorte d'enfant adulte; ce qui lui permet d'être lu (j'allais dire étudié) par les plus jeunes comme par leurs parents. Sa bonne humeur est désarmante, comme l'est un enfant que rien ne parait arrêter (voyez le nombre d'adultes qui ont posé leur sac sur le bord du chemin de la vie...). 

Par BB
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Dimanche 3 septembre 2006

Cf. article N° 1 dans cette catégorie d'articles.

La Bande Dessinée (BD) peut encore être considéré comme un art mineur. Ce le fut pendant longtemps : la BD était alors le livre des petits enfants, des "analphabètes", ceux qui avaient besoin d'images pour comprendre des textes très courts. En ce sens, une BD était une suite de vignettes illustratives, comme ces images commentées ( pieuses ou profanes ) que les colporteurs véhiculaient dans les campagnes jusqu'au 19ème siècle. Une BD était donc un document situé entre l'image et le livre; quelque chose qui serait destiné à ceux qui ne sauraient pas capter le plein sens des idées au travers des seuls mots écrits sur une feuille.

 Aujourd'hui, tout le monde (ou presque) est d’accord pour en faire un art à part entière. Cet art me semble pouvoir être situé sur trois grands plans. D'une part celui du dessin ( cf. "les passagers du vent" de François Bourgeon, comme de nombreux autres auteurs de Glénat ), dans lequel la priorité est donnée à l'esthétique, à la portée de l'image. Ensuite celui de la distraction et du goût du rire (cf. Boulle et Bill, Spirou, Astérix et la plupart des auteurs des éditions Dupuis destinés à la jeunesse et qui ont séduit les jeunes et leurs parents). Ces auteurs fournissent une littérature légère, ouverte aux plus jeunes, à vocation distractive, même s'il faut bien être conscient qu'en matière de diffusion d'idées rien n'est tout à fait neutre et que toute image est porteuse de messages. Enfin, le plan de la satire sociale, sous couvert d'images a priori plutôt drôles et anodines.

 C'est sur ce dernier terrain que je souhaite me situer à titre préférentiel. Il n'y a rien de plus fort et de plus efficace (ou destructeur, selon que l'on voit le recto ou le verso de la médaille) que les messages à double sens, aux effets indirects. Dans cette veine, deux auteurs, GREG et Franquin, ont ma préférence. Vous ne voyez pas qui se cache derrière eux ? Il est vrai qu’ils ont été dépassés par leurs personnages, Achille Talon et Gaston Lagaffe. C'est donc de ces derniers que je vous parlerai d’abord dans les articles de cette catégorie (art-littérature). 

Par BB
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Mardi 12 septembre 2006

Cf. article N° 1 de cette catégorie d'articles

12 sept.-06

Voici un auteur russe découvert par hasard en fouinant du côté des nouveautés. Le livre, de petit format, est écrit avec d’assez gros caractères. « La flèche jaune », titre du livre, se lit rapidement, pratiquement à la vitesse du train qui emmène Andreï et ses amis et concitoyens vers une destination au contour flou au long de ses 122 pages. Sur la forme, notez que les chapitres se lisent du premier au dernier dans l’ordre de leur présentation, mais qu’ils sont numérotés à l’envers (de 12 à 0). Manière d’illustrer le fait que le train va vers son point zéro, et que, regardant par la fenêtre d’un wagon en mouvement, le passager de la «Flèche jaune » ne voit jamais que l’image de son passé immédiat, son présent étant très fugace (la vitesse du train rend l’image présente très éphémère) et son avenir étant imprévisible (où va réellement ce train ?). Du moins, telle est mon interprétation de cette manœuvre adoptée par Pelevine.

L’histoire elle-même est très simple et n’a que peu d’intérêt. Ce qui plait dans ce livre, c’est la capacité de Pelevine à dissimuler dans les 27 premières pages que l’action se déroule entièrement dans un train. Je ne dévoile là aucun secret. La dernière page de couverture évoque cette situation et il n’y a donc aucune surprise pour le lecteur. Ce qui intrigue, et incite à poursuivre la lecture, c’est le non sens de tout ce qui se passe autour d’Andreï, et qui ne paraît choquer personne. C’est étonnant ce que les gens sont a priori prêts à supporter dans ce pays. Est-ce le résultat de 70 ans de dictature ? Est-ce le fruit d’une prédisposition de l’âme russe ? Il doit y avoir des deux dans l’explication de ce qui se passe dans ce train (à l’image de la vie quotidienne de la grande majorité des russes depuis 15 ans maintenant). Ce qui réjouit enfin, c’est de voir qu’il est fait la démonstration qu’il y a toujours un grain de sable dans les plus beaux dispositifs technocratiques et totalitaires ou concentrationnaires. Messieurs les bourreaux, ce livre est une petite bombe. Il y a un Homme dans ce train, un individu qui se pose des questions existentielles, alors qu’autour de lui tous ne poursuivent qu’un seul but : améliorer leur ordinaire, voire profiter des autres passagers et du système, pour survivre mieux. Cette lueur est porteuse d’espoir.

Cela étant, la modalité utilisée par Pelevine pour dénouer son histoire (cf. dernier chapitre) reste pour moi un mystère. Lisez le livre et donnez moi votre explication.

Pelevine fait partie de ces russes qui cherchent encore vers quel destin va réellement son pays, vers quel avenir ses dirigeants le mènent. Il raconte en usant de la dérision. Il se doute qu’il va connaître de nombreux détours et que la route sera longue. Mais je crois qu’il garde espoir puisque Andreï a réussi…L’Homme toujours … 

Enfin, je crois que Pelevine raconte, à partir de ce qu'il vit, ce que Sylvie Germain a décrit, depuis son observatoire occidental, dans son livre "immensités". L'esprit des deux ouvrages est sur la même ligne. Le système  concentrationnaire est certes puissant, mais il n'est pas utile d'être certain de réussir pour continuer de résister. Cf. mon article N°3 sur "Sylvie Germain" dans cette catégorie d'article "art-littérature".

A titre de comparaison, voir l'article N° 14 (dans cette catégorie « art-littérature ») sur le livre de Abdelkader DJEMAÏ, "Un été de cendres".

Par BB
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Vendredi 15 septembre 2006

Cf article N° 1 de cette catégorie "Art-littérature"

Prononcer son nom suffit presque à décrire ses romans. A la fois doux et dérangeants, à la fois envoûtants et dépaysants.

Pour ceux qui ne connaissent pas (ou mal) cet écrivain, voici quelques précisions : ancienne experte en médecine légale, P Cornwell s’est aujourd’hui reconvertie dans l'écriture de thrillers, afin de nous faire partager ses passions : la mort, l’investigation et les psychopathes…

Les œuvres en cause sont celles relatant les aventures de l’expert médecin légiste du comté de Richmond (Floride) : la Dr Kay Scarpetta.

Si on creuse un peu, on se rend rapidement compte à quel point cette belle femme, médecin  quinquagénaire, ressemble physiquement à P Cornwell.

Son héroïne, en plus de partager son métier, sa passion et sa plastique, s’avère avoir les mêmes lointaines origines italiennes…

De là à imaginer que les diaboliques affaires auxquelles se retrouve mêlée la médecin ont également été vécu par P cornwell au cours des années d’exercices de la médecine légale… il n’y a qu’un pas !

Car là réside son secret : ce qu’elle nous raconte a tout pour réellement exister. En effet, ses criminels, serials killers pour la plupart, réveillent en nous les frayeurs et pensées les plus sombres enfouies au fond de nous même. De plus, Kay Scarpetta vit une histoire d’amour tourmentée avec un profiler du FBI mondialement reconnu et, possède une nièce à l’intelligence époustouflante, qui finira à la tête d’une secrète entreprise d’investigation, après avoir fait carrière au FBI…

Il faut admettre que notre héroïne ne vit rien comme une simple citoyenne américaine. Toutefois, pour sa défense, il faut reconnaître qu’elle aspire cependant aux mêmes rêves que ses concitoyennes : mener une vie sans se sentir menacée de mort en permanence, harcelée par les sadiques criminels, dont elle constate tous les jours le résultat de leur atroce imagination en examinant leur victimes !

Elle a fait un choix de vie, qu’elle ne regretterait pour rien au monde. C’est ainsi que dans chaque nouveau roman, et à chaque page, P Cornwell nous fait plonger dans un univers du Sud des Etats-Unis, peuplé d’hommes et de femmes avec un passé lourd de blessures et de frustrations, donnant du travail à son héroïne ainsi qu’à l’équipe qui l’entoure (son fidèle inspecteur Pete Marino, l’homme qu’elle aime le psychiatre Benton, et sa précieuse nièce Lucy…).

Chaque aventure proposée par P Cornwell est basée sur une histoire criminelle toujours aussi sordide que la précédente. Mais à chaque fois les personnages que nous suivons s’en sortent plus forts et plus déterminés dans leur quête de la justice et de la vérité…Ils évoluent en effet, avec leurs convictions et espérances, passant leur vie, comme beaucoup d’entre nous, à ce demander s’ils ont fait les bons choix…

P Cornwell écrit des livres qui remportent un succès international auprès d’un large public. Cela est certainement du au fait qu’elle a une remarquable aptitude à faire vivre à ses lecteurs (et surtout probablement à des lectrices) des émotions que leur vie quotidienne leur parait incapable de leur apporter. Ce sont des ouvrages bien formatés, au style agréable. Je comprends pourquoi ses romans sont aussi lus dans les trains par les employé(e)s de bureau se rendant à leur travail ou en revenant. Il n’y a pas de mauvaise littérature. Celle-ci est alimentaire pour P Cornwell (même si je crois qu’elle doit trouver un grand plaisir à écrire). Elle contribue à faire rêver de nombreux adultes dont la vie est sans relief. C’est en soi une performance. Bravo l’artiste !

Par AB et BB
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Dimanche 17 septembre 2006

Cf aussi l'article N° 1 dans cette catégorie "Arts-littérature".

Il ne faut pas avoir peur de s’attaquer à « La maladie de Sachs ». C’est un petit pavé qui porte un titre peu attractif quand on cherche un bon bouquin pour se divertir. Or, tel est le cas de ce livre de Martin Wincler, qui est pour l’essentiel constitué d’une suite de comptes-rendus de ce qui se passe dans le cabinet d’un médecin de campagne. Mais pas n’importe quel médecin. Le docteur Sachs est avant tout un être humain qui s’est mis au service des autres, pour les aider à régler leurs problèmes leur santé. C’est un médecin qui sait que la douleur physique n’est pas le seul mal qui doit être soigné. Il a compris que son métier passait par une très grande disponibilité pour ses concitoyens, une capacité d’écoute sans borne. Qu’il ne servait à rien de s’acharner à faire vivre un corps dans lequel l’âme n’a plus envie de rester.

C’est aussi l’histoire d’un homme qui a une vie personnelle contrariée. On le sent un peu seul. Son défunt père était médecin, et cela pèse sur sa manière d’approcher son métier. Sa mère est le dernier maillon de sa chaîne familiale. Leurs rapports sont souvent téléphoniques et si l’amour filial est présent, on ressent que la distance qui les sépare n’est pas que le fait des kilomètres à parcourir. Certes il a quelques amis, mais il est bien différent d’eux. Ce sont d’ailleurs plus des souvenirs que des camarades avec lesquels il aurait encore une réelle vie commune à partager. Il porte un regard critique sur les orientations retenues par ses collègues et le corps médical dans son ensemble. De ce fait, il ne s’intègre pas localement parmi ses confrères. Enfin, sa vie sentimentale semble inexistante jusqu’au jour où…Mais tout cela va évoluer très lentement. Le Dr Sachs a la sensibilité à fleur de peau et il est un peu comme un écorché. Tout contact qui prendrait un peu trop de poids, trop vite, pourrait le détruire. Alors, on sent qu’il se protège derrière le regard clinique qu’il porte sur les autres.

Martin Wincler délivre dans ce livre une grande leçon à l’intention de tous ceux qui voudraient entrer dans une profession médicale ou para médicale. Il leur montre l’aspect peut-être le plus négligé dans l’enseignement médical : un bon praticien est avant tout un homme qui écoute et qui prend le temps d’adapter la médecine au cas particulier de chacun de ses patients. Un bon docteur doit profondément aimer les autres, leur dévouer son temps et mettre sa science à leur disposition. Bref, Wincler présente le métier de médecin comme un sacerdoce.  Comme le curé s’occupe des âmes, le médecin soigne les corps. Comme le théologien connaît le mystère de la foi qui apaise les esprits, le Dr Sachs détient les remèdes qui calment la douleur physique. C’est d’ailleurs probablement pour ce motif que son héros est encore célibataire et tarde tant à fonder une famille.

Martin Wincler donne également la parole à ceux à qui on ne demande que trop rarement leur avis. Le malade, je dirais plutôt le patient au cas particulier, s’exprime abondemment tout au long de ce livre. Qu’il soit âgé et en fin de vie, qu’il soit une femme dont les douleurs n’en finissent plus, que ce soit un enfant ou une adolescente, tous s’expriment librement devant le Dr Sachs. Et leurs propos sont le reflet de tous les maux que la société entretient chez les hommes. Il n’est en outre pas de cas qui ne renvoie pas à une personne que l’on connaît. Tous ces seconds rôles, auxquels on prête généralement peu d’attention, sont émouvants et nous font comprendre pourquoi le métier de médecin est entouré d’une aura particulière chez les enfants lorsqu’on leur demande ce qu’ils veulent faire quand ils seront grands. M Wincler, comme le Dr Sachs, voulait très certainement devenir médecin quand il était petit. Pour soigner tous ces gens là.

Par BB
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