08 sept 06
Voici un homme qui semble avoir des convictions et une certaine idée de la grandeur de l’âme humaine, et veut exprimer ses idées et les faire partager par le biais du cinéma. Hollywood vient enfin de lui accorder le plaisir de déposer ses empreintes sur le ciment de Hollywood Boulevard. Reconnaissance symbolique et méritée pour un homme qui se comporte dans la vie quotidienne comme les personnages qu’il met en scène à l’écran.
Quatre grands films me paraissent refléter le talent de Kévin Costner, acteur et réalisateur. Dans l’ordre de ma préférence, je citerai Postman, Waterworld, Open range et Danse avec les loups.
Bien sûr, c’est du cinéma made in US. Il glorifie l’homme qui entend conserver son autonomie et sa liberté contre les organisations de quelque nature qu’elles soient. C’est David contre Goliath. L’Homme contre
la Structure. Ce sont des films où les espaces sont toujours considérables et où la thématique de la conquête de la maîtrise du monde est constante .
Ca peut aussi être considéré comme une forme de Western récurrent. Il y a toujours des méchants, bien typés, et des faibles qui ne demandent rien, ayant appris à respecter et à subir la domination des plus forts. Et il y a le Bon, toujours incarné par K Costner. Mais c’est aussi beaucoup plus que cela.
Kévin doit se penser investi d’une mission malgré lui. Ses personnages ne sont pas différents du commun des mortels. Ce pourrait être vous ou moi. Ils ne sont pas spécialement plus forts ni beaucoup plus intelligents que les autres. Leur point fort, c’est leur capacité et leur volonté de conserver leur liberté, contre toute compromission ou transaction. Ne jamais accepter les règles posées par les autres si elles sont contraires au développement du bien être des hommes.
Dans la première phase de ces films, Costner est toujours marginal et seul ou presque. Seul avec une mule savante dans Postman, il récite Shakespeare au profit de populations tombées dans l’ignorance la plus complète. Seul sur son voilier dans Waterworld, il est homme-poisson ce qui l’exclut a priori de toute acceptation par les « vrais » humains. Seul également dans Open range, avec trois compagnons qui vivent en marge du modèle social montant (le cow-boy n’est plus perçu comme un héros mais comme un nomade, les grandes transhumances dérangent les propriétaires installés). De même, seul « blanc » parmi les indiens il montre une ouverture d’esprit pour ces hommes qu’il est sensé combattre au profit de l’Etat.
La résistance de K Costner face au Système et à ses aspects négatifs, n’est jamais le fruit d’une décision mûrement réfléchie. Elle se forme peu à peu, au fur et à mesure que le poids du Système se révèle insupportable pour l’Homme qui entend d’abord vivre libre de ses mouvements et en symbiose avec son milieu (une note d’écologie ressort toujours ; les agissements destructeurs de la société moderne sont dénoncés en filigrane) et les autres êtres (le respect de l’animal - la mule, le loup, le cheval - est également un point qui transparaît dans ces films).
Cette résistance n’est jamais le fruit de la volonté ab initio des personnages incarnés par K Costner. Il peut même être avancé que, de prime abord, il apparaîtrait plutôt comme une sorte de sauvageon. Il donne le sentiment d’avoir choisi de vivre en marge de la société. C’est la contrainte externe qui va mettre en évidence le fond de sa personnalité, qui va le forcer (car il n’est jamais volontaire pour prendre la place du héros) à se mettre au service de la cause Humaine.
Ces films sont également un message à tous les « petits » qui peuplent cette Terre. Ils leur disent qu’il n’y a pas de grand destin prédéterminé. Il y a des situations de souffrance plus ou moins grande dans lesquelles chacun, parce que sa survie en dépend, peut être amené à tenir un rôle pour participer à la recherche d’un monde meilleur. L’homme peut trouver
la Terre promise de Waterworld. Il peut participer à la formation d’une collectivité unie derrière des principes démocratiques et de solidarité comme dans Postman. Les systèmes despotiques ou dictatoriaux sont nécessairement fragiles face à la détermination d’un homme à survivre libre de penser comme il l’entend.
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